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Une future leader explore la manière dont on se représente les neuroscientifiques lors d’un concours international

Histoires de communautés
Emma Reese, à Barcelone

Emma Rees, lauréate canadienne du concours Brain Bee, se rend en Espagne et découvre l’ingrédient clé d’une carrière enrichissante dans le domaine des sciences : les liens humains 

Par Emma Rees 

Lorsqu’on pense à un neuroscientifique, on a une certaine image en tête. Souvent, on imagine une personne seule, assise dans un laboratoire faiblement éclairé au milieu de la nuit, examinant méticuleusement des coupes de cerveau au microscope. Pendant ce temps, le manuscrit de son prochain article fait l’objet d’une évaluation anonyme à l’autre bout du monde. On voit les scientifiques comme des personnes exceptionnelles, dont les découvertes sont le fruit d’un seul esprit ingénieux. 

C’est l’image que j’avais en tête lorsque j’étudiais pour Brain Bee, un concours international de neurosciences destiné aux élèves du secondaire. 

On présente souvent la science comme une activité solitaire, et j’ai longtemps pensé que ce l’était. Dès que j’avais un moment de libre, entre les devoirs scolaires et le traintrain quotidien, j’étudiais presque toujours seule. J’ai passé des heures à étudier des manuels, des cartes-éclairs et à m’exercer à répondre à des questions, et, même si j’ai vraiment aimé découvrir l’univers complexe des voies moléculaires et des troubles neurologiques, je ne pouvais m’empêcher de me demander si c’était là tout ce que la science avait à offrir. Je savais que j’aimais apprendre, mais je n’étais pas certaine que l’idée que je me faisais d’une carrière en science était celle que je voulais. 

Ce n’est qu’après avoir participé au programme NextGen, avec les quatre autres lauréates du concours Brain Bee international, que j’ai découvert une autre facette des neurosciences. 

En juillet, je me suis rendu d’Ottawa à Barcelone pour participer au FENS Forum, le plus grand congrès européen consacré aux neurosciences. Tout à coup, je me suis retrouvée plongée dans la phase des neurosciences qui précède leur intégration dans les manuels scolaires : un univers où chaque aspect du système nerveux fait l’objet de débats, de remises en question, d’essais et de nouveaux essais. En assistant à des conférences sur les maladies neurodégénératives auxquelles participent des milliers de personnes et à des symposiums plus restreints consacrés à des circuits neuronaux particuliers, j’étais entrée dans un univers passionnant qui m’était totalement inconnu. 

Pourtant, alors que je m’émerveillais devant les travaux de recherche et les technologies que je commençais à peine à comprendre, l’aspect le plus marquant de mon expérience était bien plus simple : les amitiés que j’ai développées. J’ai rapidement tissé des liens avec les quatre autres lauréates, non seulement en raison de notre curiosité commune pour les neurosciences, mais aussi parce que nous étions toutes des adolescentes en train de réfléchir à notre avenir. Venant des États-Unis, du Canada, de l’Australie, de l’Ukraine et de l’Iran, nous avions toutes suivi des parcours différents pour participer au concours Brain Bee et nourrissions des aspirations uniques quant à la manière dont nous espérions contribuer à la société. Je me suis rendu compte que, même si j’avais toujours imaginé mon avenir dans les laboratoires de neurosciences et les cliniques médicales, j’avais en quelque sorte mis de côté un élément essentiel de ce tableau : les gens qui m’entouraient.  

Dès que j’ai commencé à y prêter attention, j’ai vu de la collaboration partout. Elle transparaissait dans les relations de mentorat entre enseignants et élèves, dans les discussions entre spécialistes après les conférences, ainsi que dans les liens d’amitié entre pairs travaillant vers un objectif commun. J’ai commencé à me rendre compte que cette collaboration que j’observais entre les gens finissait par façonner la recherche elle-même.  J’ai été particulièrement frappée par une conférence consacrée aux neurosciences du cancer, un domaine en plein essor qui n’aurait pu voir le jour sans la collaboration entre les neuro-oncologues qui soignent les patients dans les cliniques et les chercheurs en cancérologie qui travaillent dans les laboratoires. Même s’il y avait un immense effort individuel derrière chaque publication et chaque conférence, ce travail ne se fait pas en vase clos : il s’inscrit dans un réseau plus vaste. J’ai fini par comprendre que, même s’il y a beaucoup de gens intelligents dans le monde, c’est impossible de tout savoir ni de porter tous les chapeaux, et ce n’est pas nécessaire. 

Si j’avais compris plus tôt qu’être scientifique ne signifie pas vivre isolée du reste du monde, je n’aurais pas hésité autant à m’imaginer en devenir une. La recherche peut sembler lointaine pour les jeunes comme moi. Trop souvent, on découvre les produits de la science dans des manuels scolaires soigneusement rédigés et des articles de recherche rigoureux, sans percevoir le réseau de personnes qui se cache derrière.

Pour inspirer véritablement la prochaine génération, il faut changer notre façon de nous représenter les scientifiques : non pas comme des génies solitaires travaillant seuls dans leur coin, mais comme des personnes qui contribuent à un effort collectif.

Emma Rees est lauréate du concours Brain Bee 2025 des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). En juillet, elle s’est rendue à Barcelone, en Espagne, pour participer au programme NextGen 2026 du concours Brain Bee international dans le cadre du Forum FENS.  


En savoir plus : 

Participants et participantes au concours canadien Brain Bee des IRSC 2025

International Brain Bee (en anglais)