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La recherche procure un soulagement : l’accès à la rTMS est désormais étendu à l’ensemble de l’Ontario

Impact de la recherche

PHOTO : Le Dr Daniel Blumberger, psychiatre et chercheur au Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto (CAMH), fait une démonstration d'un traitement par stimulation cérébrale non invasive contre la dépression.


Comment des années de recherche ont transformé les normes de soins dans le cas de la dépression réfractaire au traitement

La stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS) peut changer la vie de nombreuses personnes atteintes de dépression réfractaire au traitement – dont les symptômes ne se sont pas améliorés malgré la prise d’antidépresseurs ou la psychothérapie.

Certains décrivent cette expérience comme un brouillard qui se dissipe enfin. D’autres disent avoir l’impression d’ouvrir les yeux, ou encore de se retrouver eux-mêmes.

Pourtant, dans plusieurs régions du pays, l’accès à la rTMS reste limité, accessible uniquement par l’intermédiaire de projets de recherche ou de rares programmes hospitaliers spécialisés.

En Ontario, au début du mois, cette situation a changé grâce au lancement d’un programme de rTMS financé par l’État, visant à intégrer ce procédé dans les soins standards dispensés aux adultes souffrant de dépression réfractaire au traitement.

En installant 18 appareils de stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS) dans 15 sites partout en Ontario, ce programme permettra chaque année à 2 250 personnes souffrant de dépression réfractaire au traitement d’accéder à des soins.

Cette avancée majeure est le fruit d’années de recherche canadienne qui ont fait passer la rTMS d’une thérapie expérimentale prometteuse à un traitement fondé sur des données probantes désormais intégré dans la pratique clinique courante. 

« La possibilité d’offrir la rTMS dans tout l’Ontario est le fruit d’années de collaboration, d’innovation et d’un engagement commun à améliorer les soins pour les patients souffrant de dépression. Ainsi, un nombre bien plus important de personnes pourront profiter d’un traitement sûr, efficace et fondé sur des décennies de recherche en neurosciences », déclare le Dr Daniel Blumberger, chercheur financé par Brain Canada et basé au Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH), qui soutient la mise en œuvre de ce nouveau programme.  

« Cette idée d’un réseau provincial est exactement ce qui devrait se produire partout au Canada, explique le Dr  Fidel Vila-Rodriguez chercheur financé par Brain Canada à l’Université de Colombie-Britannique.  

C’est précisément ce qui se passe en Alberta, et, dans une certaine mesure, en Saskatchewan et au Québec. J’espère que c’est ce que nous pourrons faire en Colombie-Britannique. C’est la bonne façon de procéder : établir des normes de formation, adopter les protocoles de traitement les plus récents et créer un réseau où l’information circule et où les intervenants apprennent les uns des autres afin d’optimiser le nombre de personnes traitées. » 

Accumuler les données probantes sur la rTMS

Lors d’un traitement par rTMS, les patients restent éveillés pendant qu’un appareil placé contre leur cuir chevelu envoie des impulsions magnétiques vers des zones ciblées du cerveau. Les séances sont courtes (entre 3-30 minutes), elles ne nécessitent aucune anesthésie, et les patients peuvent reprendre leurs activités habituelles immédiatement après.

Des études révèlent que 50 % des patients constatent une amélioration importante de leurs symptômes, et que jusqu’à 30 % obtiennent une rémission, ce qui signifie que leurs symptômes disparaissent en grande partie après le traitement.

La décision de l’Ontario d’élargir l’accès à rTMS ne s’est pas prise du jour au lendemain. Ce changement de politique est le fruit de plus d’une décennie de recherche.

En effet, depuis 2011, Brain Canada a investi près de 9 millions de dollars pour faire progresser la recherche sur la TMS. Ces investissements ont permis d’apporter des réponses à plusieurs questions cruciales :

La rTMS est-elle sans danger? Est-elle efficace?

Dirigé par le Dr Jeff Daskalakis, l’essai clinique CARTBIND, a reçu l’une des premières subventions financées par Brain Canada axées sur la rTMS. Les résultats de cet essai ont confirmé l’innocuité de la rTMS comme traitement et démontré l’efficacité d’une administration quotidienne.

Quelle zone du cerveau la rTMS devrait-elle cibler?

Le Dr Fidel Vila-Rodriguez, bénéficiaire d’une subvention de plateforme, a utilisé l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) pour explorer les réactions cérébrales d’une personne qui reçoit un traitement par rTMS pour la dépression. Son équipe et lui ont déterminé la cible cérébrale optimale pour le traitement : le cortex préfrontal. Ces travaux ont jeté les bases de nombreux essais cliniques qui évaluent aujourd’hui les modalités optimales d’administration de ce traitement chez les personnes souffrant de dépression et d’anxiété.

Comment fonctionne la rTMS ?

Elizabeth Gregory, étudiante au programme de double diplôme M.D.-Ph. D. et lauréate d’une bourse Étoiles montantes au laboratoire du Dr Vila-Rodriguez à l’Université de la Colombie-Britannique, a contribué à identifier les circuits cérébraux impliqués dans la réponse à la rTMS. En utilisant la variabilité de la fréquence cardiaque pour mesurer l'impact du traitement sur le cerveau, ses recherches ont permis d'identifier l'insula comme une région clé potentiellement impliquée dans la réponse au traitement.

Peut-on raccourcir la durée du traitement?

Les recherches en cours dirigées par le Dr Daniel Blumberger, financées par Brain Canada en partenariat avec Bell Cause pour la cause, ouvrent la voie à l’utilisation clinique de la stimulation thêta-burst intermittente (iTBS). L’iTBS est une variante de la rTMS qui utilise un schéma de stimulation différent et ne prend qu’environ 3 minutes par séance, comparativement aux 20 ou 30 minutes de l’approche standard. Pour l’instant, les résultats sont prometteurs : ce traitement pourrait atténuer les symptômes invalidants de la dépression réfractaire au traitement en seulement une semaine. Un traitement par rTMS comprend généralement 5 séances par semaine pendant 6 semaines, pour un total de 30 séances. Un traitement accéléré serait particulièrement avantageux « dans des pays comme le nôtre, où les gens parcourent de grandes distances pour recevoir des soins de santé. Cette approche pourrait permettre de réduire le nombre de visites à la clinique à une seule semaine au lieu de six », souligne le Dr Daniel Blumberger.

Peut-elle favoriser la régénération cérébrale ?

Sara Tremblay, Ph.D., bénéficiaire d'une bourse Momentum, et son équipe de l'Hôpital Royal étudient comment une semaine complète de stimulation cérébrale accélérée modifie la capacité du cerveau à former de nouvelles connexions. À l'aide de techniques d'imagerie cérébrale de pointe, ils établissent un lien entre ces changements et l'atténuation des symptômes de la dépression et, ce faisant, acquièrent une meilleure compréhension de la manière dont un traitement accéléré peut favoriser la régénération cérébrale. 

Un traitement qui a changé une vie


Sara Tremblay travaille avec sa patiente Raija Hilska lors d'une séance de stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS) à l'hôpital The Royal d'Ottawa.

Pendant des années, Raija Hilska a vécu avec le fardeau qu’est la dépression bipolaire. Malgré l’essai de nombreux médicaments, elle souffrait fréquemment de dépression profonde et d’anxiété.  

« J’avais l’habitude de dire : “Je ne peux pas dire ce qui se passera demain. Qui sait quelle sera mon humeur?“ », se souvient-elle. Durant la pandémie de COVID-19, ses symptômes se sont aggravés, ce qui l’a poussée à chercher une autre solution. 

Cette solution est venue d’une recherche soutenue par Brain Canada menée au centre Le Royal, où Sara Tremblay, Ph. D., lauréate de Futur leader, et son équipe étudiaient la capacité de la rTMS à moduler les circuits cérébraux liés à l’humeur.  

Dès la première semaine de traitements quotidiens de 3 minutes, Raija a remarqué un changement profond. 

« J’ai commencé à me sentir différente pour la toute première fois de ma vie. C’était comme si mes yeux s’étaient ouverts. »

Lisez l’histoire complète de Raija dans le Globe and Mail (anglais).

Recâbler le cerveau dépressif grâce à la rTMS 

Lorsqu’une personne souffre de dépression, en particulier lorsque les médicaments n’apportent aucun soulagement, trois réseaux cérébraux clés se déséquilibrent.

Le réseau exécutif central : Il nous aide à planifier, à nous concentrer et à interagir avec le monde extérieur, est hypoactif. 

Le réseau du mode par défaut : . Il s’active lorsque notre esprit vagabonde intérieurement, est hyperactif; dans un contexte de dépression, cela peut alimenter une autocritique constante, de l’inquiétude et des ruminations sombres.  

Le réseau de saillance : Il agit comme un projecteur pour nous indiquer sur quoi porter notre attention, éprouve des difficultés à extirper le cerveau de cet état d’introspection négative. 

La TMS est une méthode non invasive qui permet de réinitialiser ces circuits. De brèves impulsions magnétiques ciblées sont envoyées sur le cuir chevelu pour stimuler en douceur les zones du cerveau liées à l’humeur et à la réflexion. Au fil de séances, cette stimulation aide ces réseaux à « réapprendre » des modes de communication plus sains et rétablit l’équilibre entre eux – les ruminations s’atténuent et de nombreuses personnes ressentent un soulagement des symptômes qui étaient réfractaires à d’autres traitements. 

Les chercheurs comprennent désormais le mécanisme qui sous-tend ce soulagement, ou cette « ouverture des yeux », pour reprendre l’expression de Raija. Le Dr Vila-Rodriguez, lauréat de Futur leader, Tamara Vanderwal. Ph. D., et leurs collègues ont utilisé l’IRMf pour démontrer que la TMS perturbe temporairement la connectivité entre les trois principaux réseaux cérébraux et que l’ampleur de ces perturbations permet de prédire les patients dont l’état s’améliorerait après quatre semaines de traitement. Les changements touchant le réseau de saillance se sont révélés un indicateur particulièrement fiable de l’efficacité du traitement.  

Prochaines étapes? La rTMS pour les troubles liés à la consommation de substances 

Les chercheurs se demandent maintenant si la même approche qui a transformé le traitement utilisé pour traiter la dépression réfractaire au traitement pourrait aider à traiter d’autres pathologies liées à un dysfonctionnement des circuits cérébraux.

Au Redfish Healing Centre, en Colombie-Britannique, dans le cadre d’un programme d’hospitalisation spécialisé destiné aux personnes présentant à la fois une maladie mentale grave et des troubles liés à la consommation de substances, le Dr Vila-Rodriguez et ses collègues ont adapté un protocole de rTMS accéléré comportant 30 traitements administrés en seulement 10 jours. En tirant parti des connaissances acquises sur la dépression réfractaire au traitement, l’équipe cible les zones cérébrales qui interviennent dans l’état de manque et la compulsion.

Les cliniciens ont été impressionnés par le nombre de patients qui semblent en bénéficier, et ce, peu importe la substance en cause; qu’il s’agisse de stimulants, d’opioïdes ou d’autres substances. Ce résultat suggère que la rTMS pourrait agir sur un « circuit de l’état de manque » commun dans le cerveau.

« Pour moi, le point essentiel à retenir, c’est que ça fonctionne pour différentes substances et différents troubles de l’accoutumance parce que le mécanisme module les zones cérébrales liées aux états de manque. »
- Dr Fidel Vila-Rodriguez

Le prochain objectif est de vérifier rigoureusement ces résultats. Le Dr Vila-Rodriguez et l’équipe de Redfish recherchent des fonds pour mener des études pilotes et des essais cliniques contrôlés afin d’évaluer dans quelle mesure la rTMS peut réduire les états de manque, prévenir les rechutes et favoriser le rétablissement chez les personnes dont les troubles de santé mentale et de toxicomanie figurent parmi les plus complexes de notre système de santé. Tout comme la rTMS est passée du statut de recherche prometteuse à celui de soin standard pour la dépression, les chercheurs espèrent qu’elle pourra un jour connaître le même parcours pour les troubles liés à la consommation de substances. 

« C’est précisément pour cette raison que Brain Canada investit dans des projets de recherche audacieux et innovants, explique Viviane Poupon, présidente-directrice générale de Brain Canada. Nous sommes extrêmement fiers d’avoir soutenu les scientifiques qui font progresser la rTMS au Canada et de constater que ces travaux contribuent à orienter des politiques qui améliorent l’accès aux soins et apportent un nouvel espoir aux personnes aux prises avec des troubles de santé mentale. »