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Une équipe détecte les signes d'autisme précoce chez les nourrissons à risque

Impact de la recherche

Le Dr Lonnie Zwaigenbaum mène une étude avec une jeune participante, Charlotte Hurst

Par Ian Popple

L'autisme est souvent perçu sur une échelle linéaire, ou spectre. Les personnes touchées par cette maladie savent qu'il s'agit d'une simplification excessive. Une structure multidimensionnelle influencée par des différences dans le langage, la motricité, les fonctions exécutives et les perceptions sensorielles serait peut-être une meilleure façon de décrire cette maladie complexe, qui touche près d'un million de personnes au Canada.

Les chercheurs se disent humbles face à l'hétérogénéité de l'autisme et à la façon dont cela se traduit par un large éventail de caractéristiques, avec des intensités variées, dès le début de la vie. Une chose est cependant relativement claire dans toute cette complexité : la détection et l'intervention précoces améliorent considérablement les résultats grâce à la neuroplasticité du cerveau à un jeune âge.

Alors que certains indicateurs sociaux et de communication de l'autisme, tels que la réduction du contact visuel et les comportements répétitifs, peuvent être détectés vers l'âge de deux ans, le diagnostic n'est posé en moyenne qu'à l'âge de 4 ou 5 ans, selon l'Agence de la santé publique du Canada.

La recherche

Les parents sont remarquablement observateurs et à l'écoute de leurs enfants. Ils reconnaissent souvent les différences d'intérêt sensoriel et de motricité, qui peuvent être des signes d'autisme, dès le plus jeune âge, avant même le premier anniversaire de l'enfant. Non seulement les parents sont capables de reconnaître les signes précoces, mais ils peuvent également jouer un rôle essentiel dans les stratégies d'intervention

Le Dr Lonnie Zwaigenbaum, titulaire de la Stollery Children's Hospital Foundation Chair in Autism, directeur associé du Women's and Children's Health Research Institute et l'une des principales autorités canadiennes en matière d'autisme.

Le Dr Zwaigenbaum et son équipe de recherche ont pour objectif d'améliorer le développement et le bien-être des enfants autistes en étudiant de nouvelles stratégies de détection et d'intervention chez les tout-petits à haut risque, dès l'âge de six mois. Selon Santé Canada, un enfant sur cinquante est atteint d'un trouble du spectre autistique (TSA), terme générique qui englobe toute une série de troubles du développement connexes, tels que le syndrome d'Asperger. Mais comme les TSA sont familiaux, le taux d'occurrence est de 1 sur 5 pour les enfants dont un frère ou une sœur plus âgé(e) a déjà été diagnostiqué(e) comme tel(le).

"L'étude d'un groupe présentant des taux élevés d'autisme offre une occasion unique d'observer les signes au début de la vie, lorsqu'ils commencent à apparaître", explique le Dr Zwaigenbaum, qui est également professeur à la faculté de médecine et de dentisterie de l'université de l'Alberta.

L'équipe a élaboré deux études complémentaires, toutes deux financées par une subvention du Programme de recherche sur le développement neurologique de Brain Canada et de la Fondation Azrieli, et avec le soutien des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et du Kids Brain Health Network.

Ce qu'ils ont trouvé : Détection

La première étude s'est appuyée sur la tendance des tout-petits autistes à se concentrer sur les objets.

"Nous savons que les enfants autistes ont du mal à se concentrer sur les choses qui ne les intéressent pas, mais qu'ils sont capables d'une concentration intense sur les choses qui les intéressent ", explique le Dr Zwaigenbaum. Les enfants autistes ont également tendance à présenter des réactions plus extrêmes aux expériences quotidiennes qui suscitent des émotions, comme le retrait d'un jouet. "Nous voulions examiner à la fois les comportements observables et les réponses physiologiques, telles que le rythme cardiaque et la variabilité du rythme cardiaque, pour voir si leurs réponses pouvaient servir d'indicateurs précoces de l'autisme", explique le Dr Zwaigenbaum.

Les résultats ont montré que les tout-petits autistes présentaient des réactions plus intenses à la frustration, ce qui pourrait permettre une détection plus précoce, en particulier lorsqu'il y a déjà un enfant autiste dans la famille. La relation entre les réactions comportementales et physiologiques n'était pas forte, ce qui implique que les réactions de frustration varient considérablement et sont moins évidentes chez certains enfants autistes.

"La grande diversité des TSA met en évidence la valeur des approches de suivi flexibles sur une longue période, y compris l'écoute attentive des préoccupations de la famille, ce qui soutient l'approche canadienne actuelle en matière d'identification de l'autisme", déclare le Dr Zwaigenbaum.

Ce qu'ils ont trouvé : Intervention

Dans la seconde étude, les chercheurs ont tenté d'améliorer les effets des interventions dans le domaine de l'autisme, en particulier dans le cadre d'un programme à médiation parentale appelé l'ABC social. Ce programme, mis au point par les Dr Jessica Brian et Susan Bryson, cochercheurs principaux, consiste à enseigner aux parents des techniques visant à améliorer la communication et le partage des émotions chez les tout-petits présentant les premières caractéristiques de l'autisme. Cependant, l'équipe s'est demandé si les effets pouvaient être améliorés en aidant ces enfants à devenir plus flexibles dans l'attention qu'ils portent à différents objets.

"Nous pensions qu'en étant trop concentrés, il serait plus difficile pour ces enfants de participer à l'ABC social, car ils ne répondent pas nécessairement à leurs parents de la même manière", explique le Dr Zwaigenbaum.

Les chercheurs ont réussi à améliorer les capacités d'attention et la flexibilité des tout-petits en utilisant des jeux informatiques dynamiques, avec des personnages visuels qui réagissent aux mouvements des yeux des joueurs. Toutefois, les résultats de l'étude suggèrent que ces différences n'ont pas eu un impact suffisamment important sur le succès de l'ABC social pour qu'il devienne une pratique courante.

Il est intéressant de noter que les programmes d'intervention tels que l'ABC social, qui proposent aux parents des stratégies pour aider leurs enfants à communiquer et à interagir socialement, peuvent à eux seuls produire des résultats significatifs.

Cela renforce également le rôle essentiel des parents dans ce processus et la façon dont nous pouvons mieux soutenir les familles et améliorer les compétences et le fonctionnement des enfants autistes, bien avant que le diagnostic ne soit posé.

Dr Lonnie Zwaigenbaum

L'impact

"Nous espérons toujours que la recherche clinique améliorera la vie des personnes touchées par des maladies comme les TSA ", déclare la Dre Viviane Poupon, présidente-directrice générale de Brain Canada. "Ces études nous rapprochent de cet objectif parce qu'elles nous permettent de mieux comprendre et de mieux orienter les ressources pour obtenir les meilleurs résultats.

Depuis cette recherche, l'ABC social, sous la direction du Dr Brian, a été adopté dans plusieurs endroits au Canada et fait l'objet d'essais internationaux en Inde et en Israël.

Les docteurs Zwaigenbaum et Brian, la cochercheuse Isabel Smith et leurs collègues ont ensuite publié trois lignes directrices nationales sur la détection, l'évaluation et la prise en charge précoces des TSA, dans le cadre du groupe de travail de la Société canadienne de pédiatrie sur les lignes directrices relatives aux troubles du spectre autistique.

Le Dr Lonnie Zwaigenbaum et les membres de l'équipe ont reçu en 2016 une subvention d'équipe du Programme Azrieli de recherche sur le neurodéveloppement de 2,09 millions de dollars pour soutenir le projet : Nouvelles approches pour la détection précoce et le traitement des TSA. La subvention a été rendue possible grâce au soutien financier de Santé Canada (par l'entremise du Fonds de recherche sur le cerveau du Canada, un partenariat novateur entre le gouvernement du Canada (par l'entremise de Santé Canada) et Brain Canada) et de la Fondation Azrieli.

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