La lutte contre les maladies du cerveau nécessite des financements privés et publics
NAOMI AZRIELI
CONTRIBUÉ AU GLOBE AND MAIL
27 DÉCEMBRE 2017
Naomi Azrieli est présidente-directrice générale de la Fondation Azrieli et présidente de Brain Canada
Il y a cinquante ans, lorsqu'un cancer était diagnostiqué, il s'agissait souvent d'une condamnation à mort automatique. De même, à l'époque, une crise cardiaque était accueillie avec l'idée qu'il fallait assurer le confort du patient, mais qu'il ne fallait pas s'attendre à ce qu'il survive longtemps. Heureusement, nous avons vu comment la recherche scientifique a influencé le traitement et les résultats du cancer et des maladies cardiaques.
Aujourd'hui, le fardeau des maladies du cerveau - sur le plan médical, financier et émotionnel - a dépassé celui du cancer et des maladies cardiaques réunis. Un Canadien sur trois est directement touché par une maladie du cerveau. Ces maladies exigent un engagement à vie.
Mon frère et deux autres membres de ma famille élargie sont atteints du syndrome de l'X fragile, la cause héréditaire la plus fréquente de déficience intellectuelle et la cause connue la plus fréquente d'autisme. Le fait que des membres de notre famille soient atteints d'une maladie du cerveau m'a ouvert les yeux sur le besoin désespéré de poursuivre la recherche, ainsi que sur les développements passionnants de la science du cerveau au Canada et sur les moyens de la soutenir.
Pour comprendre et traiter les complexités de la santé du cerveau, qu'il s'agisse de la maladie d'Alzheimer ou de la toxicomanie, des commotions cérébrales ou de la schizophrénie, des accidents vasculaires cérébraux ou de l'autisme, il y a trois priorités : offrir de nombreuses possibilités aux scientifiques, assurer un financement continu de la part du gouvernement et obtenir le soutien de donateurs non gouvernementaux tels que les fondations, les entreprises et les particuliers. C'est ainsi que nous pourrons garantir que les scientifiques continueront à exceller et à mener des recherches de niveau international.
Je ne suis pas un scientifique et je ne suis pas non plus en mesure de décider de l'affectation des fonds publics. Mais en tant que président et directeur général de la Fondation Azrieli, j'ai longuement réfléchi à la manière la plus efficace d'investir dans ce domaine, souvent appelé la dernière frontière de la recherche scientifique.
Dans cette recherche, j'en suis venu à partager la vision de Brain Canada, une fondation qui soutient les scientifiques et les chercheurs pour comprendre le cerveau, tant dans la santé que dans la maladie, et ainsi améliorer les vies et influencer la société. Brain Canada estime qu'il est important que le public puisse s'exprimer directement sur les priorités de la recherche sur le cerveau, et que les chercheurs soient libres de présenter leurs meilleures idées pour s'attaquer aux domaines les plus prometteurs.
Brain Canada a plaidé en faveur d'une approche du cerveau comme un système unique et complexe, plutôt que de traiter l'ensemble des troubles cérébraux comme s'ils étaient en quelque sorte déconnectés les uns des autres. Cette approche a trouvé un écho chez moi. Après tout, mon frère est plus que la somme de ses parties et plus qu'un ensemble de fonctions neurologiques déconnectées.
Il y a six ans, le gouvernement fédéral a conclu un partenariat avec Brain Canada, fournissant 100 millions de dollars pour créer le Fonds canadien de recherche sur le cerveau (FCRC). Le réseau de partenaires, de sponsors et de donateurs de Brain Canada a doublé le financement fourni par le gouvernement fédéral, en l'égalant sur une base 1:1, injectant ainsi 200 millions de dollars dans la recherche canadienne sur le cerveau.
L'une des clés du succès de Brain Canada dans l'apport de nouveaux fonds à l'écosystème de la recherche sur le cerveau réside dans la rigueur du processus d'examen scientifique de l'organisation, qui offre aux donateurs et aux partenaires un mécanisme de confiance garantissant que les projets sont choisis sur la base de l'excellence et de l'innovation - de la recherche fondamentale à la recherche appliquée débouchant sur des traitements. Un autre aspect important est le soutien aux équipes de recherche, qui encourage les scientifiques de différentes institutions et avec des approches différentes à collaborer et à travailler ensemble, à briser les silos et à diffuser de nouvelles idées.
Notre fondation s'est associée à Brain Canada pour créer le programme Azrieli de recherche sur le développement neurologique. L'objectif est de mettre au point de nouveaux diagnostics et traitements et d'améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de troubles du développement neurologique et de leurs familles. En collaboration avec Brain Canada, nous avons financé sept projets passionnants à fort potentiel. (Nous avons d'ailleurs été ravis que le Globe and Mail ait présenté l' un de ces projets, dirigé par Evdokia Anagnostou).
Les chercheurs que nous cofinançons avec Brain Canada ont déjà fait d'importantes découvertes. Un groupe a trouvé des preuves prometteuses qu'un médicament oral contre le diabète approuvé par la FDA peut corriger les comportements et les défauts structurels du syndrome du X fragile. D'autres groupes travaillent à identifier des moyens de prédire et de diagnostiquer l'autisme le plus tôt possible, ce qui peut permettre une intervention plus précoce et une meilleure qualité de vie pour les enfants et leurs familles. Pris ensemble, les travaux des équipes que nous finançons et des nombreux autres excellents chercheurs promettent de transformer notre compréhension.
En associant stratégiquement le financement gouvernemental au soutien de donateurs privés et de partenaires, et en fournissant ainsi des fonds qui, autrement, ne seraient pas accessibles aux scientifiques canadiens, le modèle de Brain Canada a été un puissant catalyseur pour la recherche de haut niveau. Il y a près de deux ans, le gouvernement a reconnu ce succès en ajoutant 20 millions de dollars au FCRB. Cependant, les Canadiens touchés par les troubles cérébraux savent qu'il faut aller plus loin et attendent avec impatience un soutien supplémentaire de la part du gouvernement. Nous savons également que, même si ces investissements sont cruciaux, la recherche de classe mondiale sur le cerveau nous concerne tous et que les gouvernements ne doivent pas porter seuls le fardeau. Les partenaires privés et caritatifs ont une responsabilité à assumer et un rôle à jouer.
Les chercheurs canadiens peuvent être fiers des avancées significatives qu'ils ont réalisées sur le fonctionnement du cerveau, mais il reste encore beaucoup à découvrir. Nous savons que le cerveau est interconnecté et que les connaissances sur une maladie peuvent éclairer les problèmes liés à d'autres maladies. Dans le même ordre d'idées, le financement privé de la recherche sur le cerveau doit être associé au soutien des pouvoirs publics, afin de permettre aux scientifiques - nos pionniers des temps modernes - de conquérir la dernière frontière.