L’essai JoyPop
Faire progresser la recherche sur la capacité d’adaptation et la résilience des jeunes
« Il ne faut plus attendre. »
Dans la vidéo de l’étude d’Aislin Mushquash, Ph. D., financée par la Fondation Brain Canada, nombre de jeunes lancent cet appel urgent.
Alors qu’ils s’apprêtent à entrer à l’université, de nombreux étudiants sont confrontés au stress des examens, à des difficultés relationnelles, à des soucis financiers et, dans certains cas, à une crise.
Et ceux qui vivent dans le nord-ouest de l’Ontario sont également confrontés à certains des délais d’attente les plus longs du pays pour recevoir les services de santé mentale dont ils ont besoin.
Aislin Mushquash, psychologue clinicienne qui dirige un laboratoire de recherche sur l’adaptation à l’Université Lakehead, s’est posé la question : pouvons-nous utiliser la technologie pour aider les jeunes à acquérir les compétences dont ils ont besoin pour faire face à ce stress?
L’essai JoyPop
Grâce à une subvention Futurs leaders canadiens de la recherche sur le cerveau, Aislin Mushquash et son équipe ont demandé à 160 jeunes de participer à un essai sur JoyPop, une application pour téléphone intelligent conçue pour favoriser la régulation émotionnelle et gérer l’adversité. L’application a été développée par des chercheurs en consultation avec des cliniciens, des prestataires de services aux jeunes et des services d’aide aux victimes.
« La plupart des applications qui existent dans le monde affichent haut et fort tout ce qu’elles peuvent accomplir, mais peu d’entre elles en fournissent des preuves, explique madame Mushquash. En tant que chercheurs, il est de notre responsabilité de déterminer si un outil peut réellement améliorer la santé ou, à tout le moins, ne pas y nuire. »
- Aislin Mushquash
L’essai clinique randomisé JoyPop, qui a duré un an, a évalué les changements dans la régulation des émotions et le bien-être dans deux groupes d’individus; ceux qui utilisaient l’application pendant quatre semaines et ceux du groupe témoin qui n’y avaient pas accès. Il a été constaté que les difficultés à réguler les émotions diminuaient au fil du temps davantage chez les utilisateurs de l’application que chez les membres du groupe témoin.
Comment fonctionne l’application?
Grâce à de brefs contrôles et à des outils simples fondés sur des données probantes, l’application aide à développer la capacité d’adaptation et de régulation des émotions. Les utilisateurs sont invités à se connecter à l’application au moins deux fois par jour pour évaluer leur humeur. S’ils indiquent se sentir déprimés, l’application leur propose des activités adaptées, comme la tenue d’un journal, des jeux apaisants, le dessin, des exercices de respiration ou un contact avec leur « cercle de soutien ». Au lieu de proposer un programme fixe, JoyPop permet aux utilisateurs de choisir ce dont ils ont besoin dans l’instant, renforçant ainsi la conscience de soi et l’autonomie.
Répétées, ces pratiques contribuent à renforcer les mécanismes d’adaptation, de sorte que les jeunes sont mieux équipés pour gérer le stress avant qu’il ne devienne crise.
Aislin et son équipe ont demandé aux jeunes leur avis sur l’utilisation de l’application :
« J’aime beaucoup la fonction de dessin, parce que j’ai du mal à écrire ce que je ressens, alors le dessin rend les choses beaucoup plus faciles. »
« J’aime les jeux et les stratégies de respiration, car, si je suis anxieuse, il y a toujours un moyen de me calmer. »
« C’est un peu comme avoir toujours un ami avec soi. Chaque fois qu’on se sent déprimé ou en colère; en fait, chaque fois qu’on éprouve un sentiment négatif, on peut compter sur l’application pour essayer d’avoir un peu de bonheur dans sa journée. »
Que se passe-t-il dans le cerveau?
Le développement des infrastructures d’adaptation n’est pas encore terminé chez les jeunes. Responsable de la régulation des émotions, de la prise de décision et de la pensée rationnelle, le cortex préfrontal se développe jusqu’au milieu ou à la fin de la vingtaine. En revanche, le système limbique, qui intervient dans la génération des émotions, la recherche de récompenses et les réactions instinctives, se développe plus tôt, vers l’âge de 10 à 13 ans. C’est pourquoi les adolescents peuvent ressentir des émotions très intenses ou agir de manière plus impulsive; les systèmes cérébraux responsables de l’autorégulation et de la prise de décision réfléchie sont encore en développement. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les jeunes et les jeunes adultes qui ont participé à l’étude d’Aislin Mushquash sont à un âge critique pour l’apprentissage et le développement de la capacité d’adaptation.
En quoi cela change-t-il les choses?
Les résultats de l’essai JoyPop montrent que les processus de régulation fondamentaux peuvent être influencés positivement par une formation numérique brève et autoguidée; en d’autres termes, l’essai a prouvé que les plateformes mobiles sont des mécanismes efficaces pour solliciter les processus cérébraux liés à la santé mentale. Le projet établit également que des gains mesurables en matière de santé mentale positive peuvent être obtenus sur de courtes périodes.
Le programme de recherche d’Aislin Mushquash sur l’application JoyPop confirme la valeur de celle-ci à de multiples étapes du parcours de soins de santé mentale des jeunes et des jeunes adultes :
Présoins/prévention – renforcer les compétences afin de réduire le nombre de jeunes en situation de crise.
En attente de soins (liste d’attente) – donner aux jeunes un outil efficace et sûr qu’ils peuvent utiliser pendant qu’ils attendent les services (soins) traditionnels.
Entre les séances – comme outil complémentaire de suivi et d’acquisition de compétences.
Diminution progressive après les soins – fournir un moyen de maintenir les acquis lorsque la prestation officielle des services a pris fin.
« Les outils numériques comme JoyPop ne remplaceront pas les soins individuels, mais ils peuvent constituer un élément important du système de services et de soutien », explique Aislin Mushquash.
Cinq conseils aux personnes qui s’occupent d’enfants ou d’adolescents pour favoriser leur capacité d’adaptation
Aislin Mushquash insiste sur le fait que des routines bien établies, des liens solides et la mise en pratique observable de stratégies d’adaptation sont les mesures les plus efficaces qu’on peut prendre pour favoriser la capacité d’adaptation de ses enfants ou adolescents. Plus précisément, voici les conseils qu’elle offre :
Mettre en place les essentiels pour favoriser le bien-être : Il est beaucoup plus difficile de faire appel à sa capacité d’adaptation lorsque nos besoins de base ne sont pas satisfaits : un sommeil régulier et réparateur (particulièrement essentiel pour les adolescents); des repas réguliers et nutritifs; de l’activité physique et du temps passé à l’extérieur; ainsi qu’une saine gestion du temps d’écran (en reconnaissant les avantages et les risques). Ces pratiques « simples » sont difficiles à mettre en œuvre au quotidien, mais elles constituent le fondement de la régulation émotionnelle.
Établir un lien avec votre enfant ou adolescent avant de corriger ses comportements : Favoriser le lien émotionnel et la relation plutôt que d’essayer immédiatement de « réparer » ou de corriger un comportement. Lorsque les choses dérapent (p. ex. si vous vous emportez), expliquez la situation : dites à votre enfant ou adolescent ce qui s’est passé, nommez vos sentiments et offrez un exemple de ce que vous feriez différemment si la situation se présentait de nouveau.
Mettre en pratique les méthodes d’adaptation que vous préconisez : En général, les enfants et adolescents apprennent à s’adapter à différentes situations en observant les personnes qui s’occupent d’eux. Vous claquez des portes, vous vous fermez ou vous optez pour l’évitement? Ou alors, vous nommez vos sentiments et vous réagissez de manière saine (vous allez marcher, parlez à un ami, faites une pause, respirez, faites de l’exercice)? Faites en sorte de montrer et d’expliquer comment vous vous adaptez à ce qui vous arrive (« je me sens très stressé, je vais donc prendre deux minutes pour me ressaisir et ensuite nous pourrons parler »).
Créer de la prévisibilité et des routines : Des heures de coucher, de réveil et de repas fixes et des routines quotidiennes contribuent à faire baisser le niveau de stress. La prévisibilité et un cadre bien établi calment le système nerveux. Ainsi, en cas de stress inattendu, votre enfant est mieux à même d’y faire face. Les routines familiales, comme souper à la même heure chaque soir ou relaxer pour se préparer au sommeil, peuvent constituer de puissants facteurs de protection.
Pratiquer la régulation émotionnelle dès le plus jeune âge : L’apprentissage de la régulation émotionnelle commence dès la petite enfance; lorsqu’un bébé pleure, la personne qui s’occupe de lui l’apaise – c’est la première « leçon » en matière de gestion de la détresse. Au fil du temps, saisissez les occasions :
d’aider votre enfant à nommer les sentiments qu’il éprouve;
de proposer et de mettre en pratique différentes méthodes d’adaptation (p. ex. parler, tenir un journal, se distraire, bouger, respirer);
de souligner que les émotions fortes sont gérables et non dangereuses.
« Surtout, faites preuve de compassion envers vous-même. Il arrive à tout le monde de se tromper; l’essentiel est que la relation soit suffisamment solide pour qu’elle soit "réparable", explique Aislin Mushquash. Il ne s’agit pas d’atteindre la perfection, mais de procéder à de petites mises au point régulières et de montrer que l’apprentissage et le changement sont toujours possibles. »
Quelle est la prochaine étape?
Quatre autres essais cliniques JoyPop sont en cours dans le laboratoire de recherche sur la capacité d’adaptation d’Aislin Mushquash à l’Université Lakehead. Ce qui est différent dans ces essais, c’est l’admissibilité; pour y participer, les jeunes doivent figurer sur la liste d’attente pour obtenir des services de santé mentale. Deux des essais portent sur de jeunes autochtones âgés de 12 à 17 ans et en âge de transition (de 18 à 25 ans), tandis que les deux autres portent sur des jeunes non autochtones appartenant aux mêmes catégories d’âge.
Parallèlement aux essais, Aislin Mushquash et son équipe continuent de soutenir la santé mentale des jeunes dans les régions mal servies en renforçant la capacité des jeunes et de ceux qui les soutiennent à s’y retrouver dans le paysage numérique de la santé mentale. Il s’agit d’améliorer l’accès aux outils numériques de santé mentale fondés sur des données probantes et de créer de meilleurs systèmes pour orienter les jeunes vers d’autres services lorsque les soutiens numériques ne suffisent pas. Aislin a reçu deux millions de dollars du Fonds pour la santé mentale des jeunes de Santé Canada pour soutenir ces nouvelles initiatives du programme Help in Hand. Cette approche de soins échelonnés, qui sera évaluée par l’équipe, pourrait améliorer l’offre, l’accessibilité et la qualité du soutien consacré aux jeunes.
Aislin Mushquash est également heureuse d’annoncer qu’une version Android de l’application JoyPop a été développée et sera bientôt offerte.
« Il est impossible d’éliminer le stress de la vie des gens. Mais nous pouvons les aider à se constituer un répertoire de stratégies d’adaptation positives et à comprendre ce qui fonctionne pour eux. De cette façon, nous établissons un lien entre la recherche et ce que nous voyons cliniquement, et nous pouvons espérer que des améliorations sont toujours possibles. »
Liens :
Pour télécharger l’application : https://getjoypop.ca/
Pour voir la promotion de l’application : Lien Vimeo
En 2022, Aislin Mushquash, Ph. D., de l’Université Lakehead a reçu de la Fondation Brain Canada, une subvention Futurs leaders canadiens de la recherche sur le cerveau de 100 000 $ pour son projet intitulé Evaluating an innovative e-mental health solution to support youth with mental health disorders in Northwestern Ontario (Évaluation d’une solution innovante numérique en santé mentale pour soutenir les jeunes aux prises avec des troubles mentaux dans le nord-ouest de l’Ontario). La subvention a été rendue possible grâce au soutien financier de Santé Canada via le Fonds canadien de recherche sur le cerveau (un partenariat novateur entre le gouvernement du Canada [par l’intermédiaire de Santé Canada] et la Fondation Brain Canada) et de la Barry and Laurie Green Family Charitable Trust.