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Un probiotique est testé comme traitement potentiel de la SLA à Montréal

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De gauche à droite : Chantelle Sephton, Future Leader Azrieli de la recherche canadienne sur le cerveau, Dave Taylor, vice-président de la recherche de la Société canadienne de la SLA, Viviane Poupon, PDG de Brain Canada, Jasna Kriz et Alex Parker, récipiendaires d'une bourse de découverte de la Société canadienne de la SLA et de Brain Canada, lors du Forum de recherche sur la SLA qui s'est tenu à Toronto en mai dernier.

Une souche de probiotique sera bientôt testée comme traitement potentiel de la sclérose latérale amyotrophique (SLA).

L'étude clinique est réalisée grâce à un investissement de 1,6 million de dollars de la Weston Family Foundation, qui s'ajoute à une série de subventions à la découverte accordées par ALS Canada et Brain Canada.

"Cet essai a suscité beaucoup d'intérêt dans le monde entier. Et je comprends parfaitement pourquoi : la SLA est une maladie dévastatrice et incurable. Les probiotiques sont bien connus. Et comme ce ne sont pas des médicaments, le risque d'effets secondaires est minime. Nous n'en sommes qu'aux premiers stades de cet essai, et il reste beaucoup de travail à faire, mais nous avons bon espoir"

Dr Alex Parker, chercheur principal et neuroscientifique au Centre de recherche du CHUM (CRCHUM) à Montréal

Le Dr Parker et son équipe utilisent des modèles animaux pour mieux comprendre - et finalement trouver des solutions - à des maladies comme la SLA. Sous l'impulsion du Dr Audrey Labarre, stagiaire devenue associée de recherche, qui a récemment bénéficié d'un stage Mitacs Accelerate pour soutenir son travail, ils ont découvert qu'une bactérie probiotique spécifique appelée Lacticaseibacillus rhamnosus HA-114 protège les motoneurones dans des modèles de SLA chez le ver. Les motoneurones sont les cellules nerveuses qui relient le cerveau et contrôlent les mouvements musculaires.

Grâce à une subvention à la découverte 2021 de SLA Canada et de Brain Canada, le Dr Parker et son équipe ont confirmé que le même effet protecteur se produit dans un modèle animal plus complexe, la souris. Ils ont également pu faire appel à deux collaborateurs clés pour les aider à mieux comprendre les mécanismes biologiques à l'origine de cet effet : la Dre Martine Tétreault, spécialiste en bioinformatique au CRCHUM, et le Dr Matthieu Ruiz, spécialiste des lipides à l'Université de Montréal et codirecteur de la plateforme de métabolomique à l'Institut de Cardiologie de Montréal.

En utilisant des analyses génétiques, comportementales et d'imagerie, l'équipe a identifié que le métabolisme des lipides - et plus particulièrement le processus de bêta-oxydation qui décompose les lipides en énergie dans les cellules du corps - est altéré dans la SLA et rétabli par le probiotique. Ils pensent que le probiotique HA-114 réalise cette restauration en fournissant des lipides à la centrale énergétique de la cellule, la mitochondrie. L'apport accru en lipides rééquilibre le métabolisme énergétique dans la SLA et entraîne une diminution de la neurodégénérescence.

Cette preuve du rôle des lipides dans le mécanisme de la SLA ouvre une nouvelle voie pour la découverte de biomarqueurs. Les lipides étant présents dans les échantillons de sang et de sérum, leur utilisation comme biomarqueur offrirait un moyen relativement facile et non invasif de tester les patients pour diagnostiquer la maladie, suivre son évolution et évaluer leur réponse au traitement.

"Ce travail a été soutenu par ALS Canada et Brain Canada Discovery Grants à différents stades. Les autres bailleurs de fonds n'ont tout simplement pas compris ce que nous faisions à l'époque

Dr Alex Parker, chercheur principal et neuroscientifique au Centre de recherche du CHUM (CRCHUM) à Montréal

L'un des principaux objectifs du programme de subventions à la découverte est de permettre aux chercheurs d'obtenir les données préliminaires dont ils ont besoin pour obtenir une subvention plus importante.

"C'est un programme important, qui accélère vraiment la recherche et permet aux gens de se lancer", explique-t-il.

L'étude clinique du probiotique HA-114 sera dirigée par la Dre Geneviève Matte, directrice de la clinique de la SLA du CHUM, et comprendra 100 participants canadiens. À partir d'échantillons de sérum et de sang, l'équipe étudiera les lipides et les microbiomes des participants avant et après le traitement au probiotique. La comparaison entre des personnes en bonne santé et des personnes atteintes de SLA permettra à l'équipe de mieux comprendre le profil lipidique des patients atteints de SLA. Elle pourra également déterminer si les effets réparateurs observés sur les modèles de vers et de souris sont possibles chez l'homme.

Les travaux futurs du laboratoire du Dr Parker consisteront également à tester le probiotique HA-114 dans d'autres modèles de maladies neurodégénératives.

"Jusqu'à présent, le probiotique fonctionne dans un grand nombre de modèles de vers impliquant des protéines mal repliées, y compris la maladie de Huntington et la maladie d'Alzheimer, mais pas dans tous", explique-t-il. "Nous nous demandons donc ce qui se passe ici Nous avons beaucoup de travail à faire, mais vous savez, c'est ainsi que fonctionne la recherche.

Une mise en garde importante : le probiotique HA-114 à l'étude n'est pas encore disponible dans le commerce. Toute personne envisageant de prendre des suppléments probiotiques pour traiter la SLA ou toute autre maladie neurodégénérative devrait consulter son médecin ou son spécialiste .