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Y a-t-il un lien entre le métabolisme et la progression de la SLA ?

Jasna Kriz (gauche), Nicolas Dupré et Angela Genge

Exploration du potentiel de l’hormone leptine comme nouveau biomarqueur de la SLA grâce à une bourse de découverte

« La collaboration dans la recherche clinique et fondamentale est au cœur de notre projet. » - Dre Jasna Kriz

Un métabolisme rapide est souvent considéré comme une bonne chose, mais il en va autrement pour les personnes atteintes de SLA semble-t-il, car l’hypermétabolisme accélérerait la progression de la maladie. Grâce aux fonds accordés par la Société canadienne de la SLA et la Fondation Brain Canada, une équipe réunissant la Dre Jasna Kriz (Centre de recherche CERVO, Université Laval), le Dr Nicolas Dupré (CHU de Québec, Université Laval) et la Dre Angela Genge (Neuro, Institut-hôpital neurologique de Montréal) explorera la possibilité d’utiliser la leptine comme biomarqueur. Cette hormone libérée par les cellules adipeuses à l’intérieur des tissus adipeux pourrait servir d’indice afin de déterminer si la SLA progressera rapidement ou lentement chez un patient. De plus, l’équipe examinera si sa régulation permettrait d’élaborer des traitements efficaces pour remédier à la maladie.

TROUVER UNE RÉPONSE À LA PLUS GRANDE INQUIÉTUDE DES PATIENTS

Un diagnostic de SLA apporte son lot d’inquiétudes pour les patients et leurs proches. Celle qui vient en tête de liste est souvent la vitesse à laquelle la maladie progressera. Selon les chercheurs, ce projet a l’énorme avantage d’explorer les aspects de la SLA qui sont importants à la fois pour la science et ceux dont la vie est bouleversée par la maladie.

« Ce projet vise à répondre à une question que tous mes patients posent », explique le Dr Dupré, directeur de la clinique SLA du CHU de Québec, Université Laval. « Ce matin encore, des patients me demandaient si leur SLA progresse vite ou lentement. » 

La nouvelle étape du projet permettra aux cliniciens de répondre en toute confiance à cette importante question. Comme l’explique le Dr Dupré, on pourrait quelque peu rassurer les patients dont la maladie progresse lentement, tout en identifiant plus rapidement les candidats à progression rapide pour les études cliniques.

LIEN ENTRE UN DÉSÉQUILIBRE MÉTABOLIQUE ET UNE PROGRESSION PLUS RAPIDE DE LA SLA

La Dre Kriz explique que la SLA est une maladie très hétérogène, c’est-à-dire qu’elle évolue différemment d’une personne à l’autre. Les racines de la maladie, sa présentation et son pronostic varient énormément ; certaines personnes vivent avec la SLA pendant des décennies, alors que d’autres dépérissent rapidement. Selon la Dre Kriz, environ 10 à 20 % des patients subissent une progression rapide.

« D’un point de vue scientifique, l’hétérogénéité de la SLA en fait une maladie particulièrement coriace », affirme-t-elle. « Dans le cadre de nos précédents travaux, nous avons vérifié si les marqueurs immunitaires des patients différaient selon qu’ils avaient la forme rapide ou lente de la maladie, et, dans l’affirmative, s’il était possible d’établir une corrélation avec la progression. » En étudiant des échantillons sanguins de patients dont la SLA progresse rapidement, la Dre Kriz a observé chez eux un niveau moindre de leptine ainsi qu’un niveau supérieur de deux marqueurs immunitaires particuliers, à savoir CCL16 et sTNF-RII.

Maintenant, grâce aux fonds obtenus, les Drs Kriz, Dupré et Genge étudieront une variété plus grande et plus diversifiée d’échantillons afin d’établir si ces marqueurs sanguins particuliers sont directement liés aux formes virulentes de la SLA et s’ils peuvent servir à prédire la progression de la maladie. À l’aide de modèles cellulaires et murins, les chercheurs tenteront d’influencer la progression de la SLA en manipulant les marqueurs et détermineront si le mécanisme régissant la faible production de leptine pourrait être exploité à des fins thérapeutiques. En rétablissant l’équilibre métabolique des marqueurs comme la leptine (responsables de l’homéostasie métabolique), ils espèrent freiner la forme rapide de la maladie.

UN BIOMARQUEUR QUI POURRAIT CHANGER LA DONNE

Les biomarqueurs, incluant la formule sanguine et la cholestérolémie, sont des indicateurs dans l’organisme qui peuvent servir de repère pour établir un diagnostic par rapport à une maladie et mesurer l’efficacité d’un traitement. La Dre Genge, directrice de la clinique SLA à l’unité de recherche clinique du Neuro, estime que le niveau de leptine comme biomarqueur de la SLA offre des perspectives très intéressantes.

« En étudiant la leptine, Jasna est sur la piste d’un excellent biomarqueur qui pourra être exploité en temps réel », s’exclame-t-elle. « Un simple hémogramme permettra d’établir si un médicament produit un effet positif. »

D’un point de vue clinique, elle note qu’il est difficile de travailler sans biomarqueur et que ce type de biomarqueur faciliterait largement les études cliniques portant sur la SLA. Leur succès repose sur notre capacité de mesurer rapidement l’efficacité d’un traitement et aucun médecin ne souhaite attendre patiemment pour voir si l’état d’un patient continue de se détériorer. Des biomarqueurs précis et accessibles indiqueraient rapidement « si on mise sur une solution gagnante », affirme la Dre Genge. 

Cet avantage s’applique aussi aux médicaments contre la SLA, affirme-t-elle : « ce faisant, les biomarqueurs simplifieraient leur développement, nous donnant les moyens de créer rapidement des médicaments plus efficaces ».

DES TRAVAUX QUI FAVORISENT LA COLLABORATION ET LA RELÈVE

En parlant du financement de ce partenariat, la Dre Kriz souligne volontiers l’atout que procurent différentes perspectives : « La collaboration dans la recherche clinique et fondamentale est au cœur de notre projet. » Le Dr Dupré renchérit : « Souvent, les meilleures pistes scientifiques s’ouvrent lorsqu’un clinicien expert d’une maladie donnée et un chercheur chevronné font équipe », dit-il. « C’est précisément dans cet esprit que Jasna et moi collaborons depuis dix ans. »

Les Drs Kriz et Dupré ont fait connaissance pendant leurs études postdoctorales à l’Hôpital général de Montréal. Au fil de leur carrière, ils ont été témoin de l’impact du financement sur l’évolution de leur domaine, surtout en ce qui concerne la relève scientifique. Tous deux estiment que ce projet est largement tributaire du travail d’un résident particulièrement talentueux, le Dr Vincent Picher-Martel, qui a été l’instigateur du projet en collaboration avec le Dr Dupré.

« Ces fonds de démarrage nous permettent de développer des idées novatrices, tout en créant des occasions de formation », explique le Dr Dupré. « Ce projet connaît un grand succès et est porteur d’avenir pour la recherche sur la SLA au Canada, parce que nous sommes bien outillés pour embaucher les meilleurs étudiants qui, à leur tour, s’intéressent à la maladie. »

« Et pour eux, ça devient une passion », ajoute-t-il. « Ils rencontrent les patients, ils rencontrent les chercheurs, et ils acquièrent les compétences qui forgeront leur succès futur dans ce domaine. »

Des fonds qui changent la donne

Le programme de bourses de découverte facilite les partenariats comme ceux-ci grâce à un modèle de financement privilégiant les collaborations interdisciplinaires afin que les meilleurs cerveaux puissent s’attaquer à des problèmes complexes. Les bourses de découverte donnent aux idées porteuses d’avenir la chance de porter fruit. En 2021, jusqu’à huit projets se partageront une enveloppe de 1 million de dollars.

Depuis 2014, la Société canadienne de la SLA et la Fondation Brain Canada ont conjointement investi plus de 23 millions de dollars dans la recherche d’avant-garde sur la SLA afin d’approfondir notre connaissance de la maladie. Le programme de bourse de découverte vise à favoriser les innovations qui accéléreront notre compréhension de la SLA, identifier de nouvelles avenues de traitement et optimiser les soins afin d’améliorer la qualité de vie des patients et des familles aux prises avec cette maladie dévastatrice.

Le programme de bourses de découverte voit le jour grâce au Fonds canadien de recherche sur le cerveau (avec le soutien financier de Santé Canada), à la générosité des chapitres provinciaux de la Société canadienne de la SLA et leurs donateurs, ainsi qu’à des initiatives communautaires, comme celle de la marche WalktoEndALS qui a versé 40 % des fonds recueillis.