Par Alison Palmer, responsable de l’évaluation et des projets spéciaux

Le cerveau d’un adulte moyen compte pour environ 2 % du poids total de son corps. Or, le cerveau reçoit environ 20 % du sang pompé par le cœur.

Le cerveau influe sur le cœur; les émotions, comme la tristesse et la joie, peuvent influencer le rythme cardiaque et la tension artérielle. Par l’intermédiaire des nerfs et des hormones, le cœur envoie des signaux au cerveau, ce qui a une incidence sur l’humeur, l’attention et le niveau de stress.

De plus en plus, les chercheuses et chercheurs commencent à considérer comme des maladies neurologiques des troubles, tels que l’hypertension artérielle, le cerveau étant à la fois une cause et une cible primaire de la maladie chronique.

C’est en raison de cette interconnexion que la Fondation Brain Canada, en collaboration avec des partenaires et des donateurs, a investi de manière stratégique afin de faire progresser la recherche à l’intersection de celle sur le cœur et le cerveau. Guidée par l’approche Un cerveau, la Fondation Brain Canada a encouragé les chercheuses et chercheurs à prendre des risques et à démanteler les silos, à établir de nouvelles façons de penser et de collaborer, à modifier les paradigmes et à ouvrir des voies de recherche entièrement nouvelles. 

Le résultat? De nombreuses découvertes qui améliorent la prévention et les soins et qui dessinent un avenir où la santé cardiaque et la santé cérébrale seront abordées comme un tout.

La barrière hémato-encéphalique peut offrir une protection contre l’anxiété et la dépression

Caroline Ménard

Pendant des décennies, les scientifiques ont cherché dans les neurones les racines biologiques de la résilience au stress. Grâce à une subvention du programme Futurs leaders de la Fondation Brain Canada, Caroline Ménard, Ph. D., de l’Université Laval, s’est intéressée à la barrière hémato-encéphalique (BHE), soit la frontière protectrice qui relie le cerveau aux vaisseaux sanguins, alimentés par le cœur, et au système immunitaire. Son équipe a découvert que le stress chronique affaiblit cette barrière, ce qui permet à l’inflammation d’atteindre le cerveau et d’accroître la vulnérabilité à l’anxiété et à la dépression. La résilience dépend du maintien de l’intégrité de la barrière, soutenu par des taux plus élevés de récepteurs CB1 sur les astrocytes, les cellules en forme d’étoile qui tapissent la barrière. Chez les souris, l’augmentation de ces récepteurs a entraîné la diminution des comportements liés au stress. L’exercice physique ainsi que des antidépresseurs efficaces ont également été associés à des taux plus élevés de CB1. Une nouvelle cible thérapeutique prometteuse pour la dépression et l’anxiété a ainsi été découverte.

« Nous ne ressentons pas seulement les émotions dans notre cerveau, mais aussi dans nos intestins et dans d’autres systèmes. C’est pourquoi nous étudions la barrière hémato-encéphalique, qui relie le cerveau au système immunitaire, au système vasculaire et à toutes les hormones qui circulent dans le sang. »

« Notre compréhension de ces interconnexions et de leur influence sur la santé progresse, et nous développons des outils en laboratoire pour y parvenir. » 
– Caroline Ménard, Ph. D.

Pour en savoir plus sur la résilience au stress et la barrière hémato-encéphalique, cliquez ici.

Les vaisseaux sanguins jouent un rôle dans la maladie d’Alzheimer et dans d’autres types de démence

Walter Swardfager

La microangiopathie, soit l’atteinte des petits vaisseaux sanguins cérébraux, est un facteur de risque majeur de la maladie d’Alzheimer et d’autres types de démences.La maladie d’Alzheimer peut à son tour provoquer la microangiopathie en contribuant à l’accumulation d’une protéine appelée bêta-amyloïde dans les vaisseaux sanguins du cerveau. Pour prévenir les dommages causés par ces maladies cérébrales, il faut comprendre la biologie qui les relie. Grâce au soutien de la Fondation Brain Canada et de l’Alzheimer’s Association, Walter Swardfager, Ph. D., s’est penché sur cette question. Lui et son équipe de l’Université de Toronto et de l’Institut de recherche Sunnybrook ont découvert plusieurs variations dans le gènome qui rendent certaines personnes plus vulnérables au rétrécissement cérébral en présence de microangiopathie. Cibler ces gènes pourrait ouvrir plusieurs portes vers de nouveaux traitements pour ralentir ou prévenir la progression de la démence.

« Nos subventions s’appuient désormais sur les réalisations accomplies et pourraient même déboucher sur des études cliniques. C’est extraordinaire. » 
– Walter Swardfager, Ph. D.

Pour en savoir plus sur la microangiopathie et la maladie d’Alzheimer, cliquez ici.

Comment un médicament administré dans l’ambulance est en voie de changer le traitement des accidents vasculaires cérébraux

Jim Christenson

Tout comme les crises cardiaques sont considérées comme des attaques cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) sont considérés comme des « attaques cérébrales » causées par une interruption de la circulation sanguine ou une hémorragie dans les vaisseaux qui alimentent le cerveau. Depuis des décennies, les chercheuses et chercheurs sont en quête de médicaments neuroprotecteurs capables de protéger le tissu cérébral pendant la période critique entre la survenue de l’AVC et le traitement à l’hôpital. Malgré la réalisation de plus de 200 essais cliniques, les résultats prometteurs observés chez l’animal ne l’ont jamais été chez l’homme… jusqu’à présent. Cofinancée par la Fondation Brain Canada, l’étude FRONTIER dirigée par le Dr Jim Christenson de l’Université de la Colombie-Britannique a permis de mettre à l’essai le médicament appelé nérinétide en l’administrant dans l’ambulance, immédiatement après l’apparition des symptômes; une approche sans précédent au Canada. Publiée dans la revue The Lancet, l’étude a montré que la neuroprotection chez l’humain est à la fois possible et bénéfique, et a permis de déterminer lesquels des patients victimes d’un AVC sont les plus susceptibles d’en profiter. Les résultats obtenus permettent d’envisager une prochaine application clinique de ce traitement attendu de longue date, avec la possibilité d’améliorer les résultats pour des milliers de patients victimes d’AVC.

« Nous sommes extrêmement fiers d’avoir soutenu un projet aussi ambitieux. L’AVC demeure l’une des principales causes de décès et d’invalidité dans le monde; un adulte sur quatre en sera victime au cours de sa vie. » 

« Ces résultats prometteurs suscitent un espoir réel pour des millions de personnes dans le monde. » 
–  Viviane Poupon, présidente-directrice générale de la Fondation Brain Canada

Pour en savoir plus sur l’étude FRONTIER, cliquez ici.

Autres projets déterminants à l’intersection du cœur et du cerveau

Les bourses IMPACT connexion cœur-cerveau

Financées en partenariat avec Cœur + AVC, ces bourses transforment la manière dont les maladies cardiaques et cérébrales sont comprises et traitées. Un projet dirigé par le Dr Peter Liu vise à combler le fossé entre le traitement des maladies cérébrales et des maladies cardiaques en élaborant de nouvelles analyses sanguines, de nouvelles techniques d’imagerie et de nouveaux traitements pour prédire et prévenir les risques combinés cœur-cerveau. Un autre, dirigé par les Drs Douglas Lee et Gustavo Saposnik, fait progresser la détection précoce des AVC, de l’insuffisance cardiaque et de la démence vasculaire grâce à l’intelligence artificielle et à des diagnostics novateurs. Ensemble, ces projets intègrent l’expertise clinique, le partenariat avec les patients et l’engagement des populations autochtones afin de prévenir l’invalidité, d’améliorer l’intervention précoce et de remodeler fondamentalement les soins dans le cas des maladies cardiaques et cérébrales interconnectées.

Subventions d’équipe pour la recherche sur les cardiopathies congénitales

La Dre Thalia Field étudie l’incidence d’une malformation cardiaque congénitale sur la santé du cerveau, tout au long de la vie. Un (1) pour cent des enfants naissent avec une maladie cardiaque congénitale. Les progrès médicaux permettent aujourd’hui à 90 % de ces enfants de survivre jusqu’à l’âge adulte, ce qui donne lieu à une population croissante aux prises des problèmes de santé à vie et des risques inconnus à long terme pour la santé cérébrale. Avec l’appui de Cœur + AVC, de la Fondation Brain Canada, de l’Institut de la santé circulatoire et respiratoire et de l’Institut de génétique des IRSC, la Dre Field et son équipe cartographient les trajectoires de la santé cérébrale en analysant les données existantes, en suivant les enfants par imagerie cérébrale répétée et en examinant les différences entre les sexes en ce qui concerne le risque d’AVC et les répercussions cognitives et psychologiques.

Réseaux d’excellence en recherche sur la santé cardiaque et cérébrale des femmes

Le réseau de recherche pancanadien StrokeGoRed est financé en partenariat par Cœur + AVC, la Fondation Brain Canada et l’Institut de la santé des femmes et des hommes des IRSC. Dirigé par la Dre Amy Yu et faisant appel à plus de 50 collaborateurs, StrokeGoRed comble les lacunes critiques dans la recherche sur les AVC en étudiant les différences de sexe et de genre sur les plans de la prévention, des soins et du rétablissement. Après des décennies d’études à prédominance masculine ne reflétant pas adéquatement les expériences des femmes en matière d’AVC, le réseau comblera les lacunes en matière de connaissances, ce qui permettra d’offrir des soins plus personnalisés et plus inclusifs qui serviront mieux tous les patients.